Accueillir l'imprévu
Tous les jeudis matins, elle va à son cours de yoga. Elle n'est pas très souple, manque d'équilibre et sa respiration manque de régularité et d'ampleur. Mais elle est fidèle à la séance hebdomadaire, à la prof très attentionnée et au groupe féminin où chacune s'exprime sans manière sur son corps, sa santé, mais aussi ses activités, telles que vélo, peinture, broderie, ballades... L'ambiance y est toujours agréable, quelle que soit la météo ou les nouvelles du monde, cela fait beaucoup de bien au moral. De plus, les séances ont toujours un objectif, nous savons vers quoi nous allons, plutôt que d'enchaîner des exercices sans comprendre.
Jeudi dernier, elle était heureuse de porter un nouveau tee-shirt du genre auto-régulant et anti-transpirant. Il caresse la peau tout en restant léger et sa couleur est intacte. Avec le pantalon noir élastiqué et une veste grise adéquate (chaude et moulante), elle se sent bien dans les tons d'aujourd'hui, élégants et sobres, pas du tout du style "mémère". Elle part à 9 heures 40 ou 45, pour rouler tranquille et arriver vers 10 h 15, avec un quart d'heure pour se mettre en tenue et discuter simplement.
La veille, plusieurs cartons lui ont été apportés, quatre sont montés dans les chambres, deux sont restés dans le couloir, près de l'escalier. Elle va aux toilettes et rapidement pense qu'elle a oublié un objet à l'étage. Elle n'est pas en retard, mais cette montée au dernier moment la contrarie, elle aime tellement arriver en avance, montrer une belle image de fidélité et de ponctualité, s'assurer d'une certaine tranquillité d'esprit.
Et bing ! Elle heurte du pied droit un carton, se sent projetée en avant, voit qu'elle va s'étaler au sol, sans rien pour se retenir, qu'elle risque de se fracasser la tête contre l'arête du mur et que la douleur risque d'être vive. Mais le temps s'accélère et elle ne peut désormais faire aucun geste.
Une douleur au poignet gauche, cuisante, aiguë, lui fait comprendre que sa tête est épargnée, mais pas son membre supérieur. Il vient d'être injustement frappé par le choc contre le sol, lui qui ne demande qu'à rendre service et sait rester humble et modeste. La douleur persiste, parfois par "à coups", d'autres fois comme une brûlure intérieure. Tout en pensant que ce n'est peut-être qu'un mauvais rêve, elle se soulève et rabat sa manche gauche. Là, cauchemar, son poignet est tout déformé et ses doigts repliés sont devenus froids et même insensibles, par moments. À l'aide de son bras droit, elle se relève, titube un peu en allant embrasser le mur, et réussit à atteindre son téléphone portable. Elle ne sait plus où est son mari, laisse un message à une de ses filles puis, finalement, appelle le mari qui est justement chez le médecin. Elle se dit en souriant à moitié : "C'est moi qui devrais y être." Tout compte fait, c'est une bonne coïncidence, car le médecin en question indique où se rendre. En effet, vous n'ignorez pas que les chirurgiens, les urgentistes, sont en grève en raison de leurs trop lourdes charges de travail, depuis que beaucoup de postes de soignants ont été fermés.
Installée dans le centre recommandé (pas loin de chez elle) une femme médecin vient la voir sans trop tarder. La première demande : "Qu'est-ce qui vous arrive ?" Elle répond aussitôt : "Je me suis fracturé le poignet !"
- "Ah, eh bien vous, alors, vous avez déjà votre diagnostic !!!" répond la femme médecin, qui ne pense absolument pas à se moquer d'une patiente "impotente" !...
Plus tard, le jeune radiologue annonce : "Double fracture ! Au radius et à l'ulna. Certainement faudra-t-il de la chirurgie, car il y a un peu de bazar parmi les os."
La femme médecin revient vers la patiente : "On vous a dit que vous avez une double fracture ?! Oui, mais bon, je ne sais pas quand vous pourrez être opérée, car les chirurgiens sont absolument débordés. il va falloir déprogrammer quelqu'un pour vous, alors peut-être jeudi prochain ?"
Plus tard, aidée par l'infirmière, elle pose sur le pov' bras cassé une "attelle palmaire" ("coin-coin") en demandant auparavant : " Vous permettez que je vous touche ?" (Bravo ! Le monde a changé). Puis elle ajoute : "C'est là que ça va pas être sympa !" Effectivement... mais non ! C'était la bonne phrase, dite au bon moment.
En sortant, elle confie à son mari : "Elle m'a demandé la permission pour me toucher, c'est bien !"
Et le mari de répondre : "Oui, mais toi tu ne m'as pas demandé mon accord pour faire la vaisselle et le ménage pendant un mois et demi !!!"
Elle pense : "C'est vrai, six semaines seront bien longues, sans conduite automobile, sans activités sportives, sans nuits tranquilles, sans jeux de ballon ou de frisbee avec le petit-fils !... Enfin, merci la vie, cet accident aurait pu être bien pire !"

Commentaires
c'est là qu'on voit que des ruptures peuvent être brutales, et qu'on voit qui dans l'entourage fait preuve de solidarité, je connais quelqu'un à qui cela vient d'arriver et nous sommes privés de son blog ... jusque guérison... on ne peut que souhaiter prompt rétablissement et à bientôt sur nos pages....
Aux premiers mots, j'ai pensé qu'il s'agissait de toi et bon, pas d'erreur. Prendre son mal avec patience suite à cet accident domestique imprévu.. Suis bien les consignes surtout pour un bon rétablissement
Oui, ce sont des choses qui arrivent hélas. En ce qui me concerne quand je me suis fracturé le coude cela a eu de bien fâcheuses conséquences qui ont joué les prolongations sur 6 mois. Et pire ma belle-soeur, âgée il est vrai de 80 ans, est tombée dans un escalier et fracturé la cheville au point qu'un an après elle n'est toujours pas guérie. Oui, moi je ne fais pas de yoga mais de la gym douce, et j'ai vraiment hâte de pouvoir y retourner. C'était si sympathique !
J'ai eu récemment droit moi aussi à un "vous permettez que je vous touche". Je me suis fait la même réflexion que toi, le monde médical évolue enfin. Ce genre de chute c'est mon cauchemar, mais quand on se voit partir que faire .. il n'y a plus qu'à s'occuper de soi. Je te souhaite patience et bon rétablissement.
J'aime bien ce récit d'accident domestique, raconté dans ses détails ; on s'y croirait presque. Oui, les médecins, les infirmières, sont débordés, mais ils s'adaptent aux besoins des patients, en respectant leur intégrité. Sauf, bien sûr, exception. Bon rétablissement, en traversant l'hiver pour aller jusqu'au renouveau du printemps.
Oh, je suis désolée pour toi ! La vie nous demande parfois de nous mettre à l'arrêt, de poser notre regard sur des personnes ou des choses que nous n'aurions pas vu sous un angle précis... Oui, accueillir l'imprévu est une expérience qui peut devenir une richesse. Courage CathieFlore, des forces de guérison vers toi. brigitte
La journée s'annonçait belle. Le cours de yoga allait être excellent . Et pan !! l'accident.....Tout bascule ; Plus de cours , vite chez le médecin.
Le destin, imprévisible, venait de frapper!
Le destin m'a toujours fasciné. On ne le maîtrise jamais !
Je lui souhaite d'aller mieux !
Quel accident désolant pour un début d'année que l'on souhaite joyeux ! Courage !
Bon rétablissement !
Aïe, aïe, aïe ! l'accident qui surgit "méchamment", alors qu’on a plein d'autres choses à faire... Prendre patience, il n'y a plus que ça, et se reposer, lire, regarder des films ou vidéos, pianoter sur l'ordi...
Oh, je découvre l'accident... Bravo pour la philosophie: accepter plutôt que tempêter... Pas toujours facile!