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Soigner les blessures

, 08:00 - Lien permanent

Aujourd'hui, 20 janvier, nous fêtons les Sébastien.

Au Moyen-Age, Saint Sébastien, martyr romain du temps de l'empereur Dioclétien, était souvent représenté dans les peintures religieuses, nu à l'exception d'un pagne, et criblé de flèches. Comme il guérit miraculeusement une première fois, il fut souvent invoqué dans les périodes d'épidémies de peste ou même plus récemment de Covid.

IMG_20220804_105722_1CSX1.jpg, mai 2024

 D'après Georges de la Tour "St Sébastien soigné par Irène",
musée des Beaux-arts de Rouen.
Photo : Cathie Flore

Au XVIIe siècle, Georges de la Tour (1593-1652) et les artistes de son école choisirent de représenter le Saint de façon novatrice : il ne s'agissait plus de mettre l'accent sur l'homme et son martyr, mais plutôt de représenter la femme aidée de sa servante qui, de nuit, retira les flèches et soigna ses blessures. Une autre vision de la foi, plus active, et surtout une nouvelle vision de la femme ! Notons combien Irène est concentrée sur le blessé et combien la lumière de la lanterne (dont on aperçoit à peine la source) irradie son visage, ses mains, ses vêtements, sans oublier la cuisse et le torse du blessé. Quant à la servante, de sa main libre, elle tient un mouchoir pour se tamponner les yeux. Une façon de montrer sa sensibilité face à la souffrance.

'Saint_Sebastian_Tended_by_Irene',_attributed_to_Georges_de_La_Tour,_early_1630s,_oil_on_canvas,_Kimbell_Art_Museum.jpg, sept. 2024

Attribué à Georges de La Tour (1593–1652) "St Sébastien soigné par Irène"1630,

Kimbell Art Museum in Fort Worth, Texas,

Maintenant, vous pouvez vous plonger dans ce délicieux petit roman de Gaëlle Josse, où une femme revisite une histoire d'amour passé, en suivant Georges de La Tour dans son atelier, avec ses pérégrinations intérieures, ses conflits, ses passions, formant écho comme un clair obscur au passé beaucoup plus récent. J'ai bien aimé l'écriture sensible de l'auteur, mais c'est un livre poétique, dont la fine compréhension demande au moins une relecture.

Un extrait : Je n’ai qu’un peu de beauté à offrir au monde, celle du tremblement d’une flamme dans la nuit. Peut-être est-ce dérisoire, mais c’est mon seul talent. Je ne veux plus peindre à la lumière du jour, qui ne sait éclairer que terreur et désolation. C’est au creux de mon atelier, dans ce refuge, que je cherche à donner vie à cette lumière qui m’appelle et m’accompagne.
(...) Je m’aperçois que la nuit, à la lueur d’une simple torche, d’un brasero ou d’une chandelle, tout s’apaise. La ferveur du jour s’est tue, notre frénésie ralentit, nos passions s’assagissent. Ne reste que l’essentiel, une main, un geste, un visage. C’est ce que je poursuis en peignant, et rien d’autre désormais. De l’obscurité émerge une étrange vérité, celle de nos cœurs.

Commentaires

1. Le mardi 20 janvier 2026, 10:24 par thé ache

Georges de La tour nous invite toujours à une lecture renouvelée sensible et lucide, c'est le contraire de nos images actuelles où le flash prévaut, le livre tient un objectif difficile ...

2. Le mardi 20 janvier 2026, 10:38 par Sedna

L’extrait du livre est passionnant, je note dans ma liste déjà bien longue.. merci pour ce bel article

3. Le mardi 20 janvier 2026, 15:09 par Mayalila

Comme tu en sais des choses autour des peintres et de la peinture ! J'ignorais même que les blessures de Saint-Sébastien avaient guéri miraculeusement. Je connaissais surtout le drame "le Martyre de Saint-Sébastien" mis en musique par Claude Debussy, d'après le mystère de Gabriele D'Annunzio. Et le livre a l'air très intéressant.

4. Le mercredi 21 janvier 2026, 09:54 par mimik

Article très instructif

5. Le mercredi 21 janvier 2026, 10:13 par Aifelle

Il est magnifique ce tableau de Georges de la Tour ; je n'ai pas lu le roman de Gaëlle Josse. Elle doit aimer la peinture, j'ai dans ma PAL un livre qu'elle a écrit en partant d'un tableau du Caravage (peut-être) exposé à Rouen.

6. Le mercredi 21 janvier 2026, 10:48 par Sépia

Merci pour ces explications, notamment l'évolution du regard des peintres sur le thème des blessures de St Sébastien. Irène est belle dans sa concentration.

7. Le vendredi 23 janvier 2026, 16:46 par daniel

Merci pour toutes ces infos. J'aime bien le travail de ce peintre qui sait bien mettre en valeur le clair obscure. Il se dégage une impression de grande intimité.

8. Le samedi 24 janvier 2026, 11:24 par Maria

Il me semble que St Sébastien avec ses flèches se trouve à la galerie de l'Académie à Venise. Mais je préfère ce tableau de de La Tour, plus chaleureux, plus proche.

9. Le samedi 24 janvier 2026, 18:15 par Balaline

Malgré la douleur des blessures de St Sébastien, la lumière semble adoucir l'instant des soins prodigués par la main appliquée d' Irène, un apaisement.

L'extrait du livre que tu partages donne vraiment l'envie de le découvrir davantage.

Belle année pour toi et les tiens.

10. Le dimanche 25 janvier 2026, 18:01 par Coline

J'aime bien cette scène intime valorisée par le clair-obscure. Le rôle de Irène, également, qui est bien mis en valeur. Et le livre est tentant...

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